La cité de l’orque, Sam J. Miller

Anne-Sylvie Homassel m’a rendu hier sa traduction de La Cité de l’orque de Sam J. Miller. Impossible de ne pas partager avec vous le premier chapitre (non corrigé).

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« Il n’y a rien de rassurant dans la noirceur de cette ville, ni dans sa puanteur. Mais voilà : en venant ici, j’ai renoncé à toute prétention à la sécurité. Mieux vaut en discuter comme d’un choix, histoire de maintenir le voile de la raison sur cette horrible vision. Qui le soulèvera ? »

Samuel R. Delany, Dhalgren

Ce qui se disait

Ce qui se disait : elle était venue à Qaanaaq dans une embarcation que tirait une orque harnachée à la manière d’un cheval. Dans ces récits qui, dans les jours et les semaines qui suivirent sa venue, se firent de plus en plus riches d’incroyables détails, l’ours blanc cheminait à son côté sur le pont du bateau éclaboussé de sang. Le visage de la femme était tendu, furieux. Elle portait une armure de combat constitué d’épaisses feuilles de plastique de récupération.

À ses pieds, s’amassaient ces armes étranges, dispositifs nés du cerveau fertile des réfugiés des camps — curieux outils fabriqués avec les débris naufragés de Manhattan ou de Mumbai. Les doigts de la femme se déplaçaient, nerveux, agiles, le long du manche de sa lance, sculpté dans une défense de morse. Venue à Qaanaaq pour accomplir un effroyable crime, elle brûlait de passer à l’acte.

Tu as entendu les récits. Tu as peut-être même contribué à la rumeur. Ici, les mots comptent. Ils sont ce que nous avons apporté en ce lieu ; ils sont ce qui ne peut pas nous être arraché.

Sa venue dut, en réalité, être moins théâtrale, c’est certain. Son vaisseau n’était qu’un esquif des plus ordinaires, avec une voile, des rames et un moteur à essence dont elle se servit d’ailleurs pour les derniers kilomètres de son voyage vers la ville flottante. L’orque nageait à son côté. L’ours polaire était enchaîné, la tête coiffée d’une cage de fer, deux cages plus petites enserrant ses pattes antérieures. La femme était sobrement vêtue de peaux et de fourrures, accoutrement favori de ceux qui avaient fui vers le nord lorsque les villes du sud avaient été livrées à l’incendie ou à la submersion. La femme ne faisait pas les cent pas. Ses armes gisaient à ses pieds. Elle n’apportait que cela : ses armes. Quelles que soient ses intentions envers Qaanaaq, l’expression de son visage n’en laissait rien paraître : venait-elle pour verser le sang, rendre la beauté, les deux ? Impossible de le savoir.

Je vous laisse traduire ;-)

 

Semiosis combines the world-building of Avatar with the alien wonder of Arrival, and the sheer humanity of Atwood. An essential work for our time.” Stephen Baxter

Les étoiles sont Légion…

 

Dans le Blog-O-livre

Pour répondre à un des commentaires, non Les étoiles sont légion n’est pas gore, ce n’est pas un roman sanglant ; par contre, c’est volontiers crado, organique (très Alien quoi…), et le roman est souvent perturbant à l’image des premières lignes (cf. ci-dessous). C’est un type de SF qu’on rencontrait souvent dans les années 60-70, sous la plume du Robert Silverberg de la grande époque, de Norman Spinrad, des Dangereuses visions d’Harlan Ellison. Personnellement, j’ai été content de retrouver cette veine-là, très imaginative et inconfortable. C’est aussi un imaginaire très féminin, très intime, que je trouve plutôt absent de la SF contemporaine qui s’est pourtant très féminisée.

 » Je me rappelle avoir jeté une enfant. C’est le seul souvenir dont je sais avec certitude qu’il m’appartient. Le reste de ma mémoire se réduit à une obscurité sordide. Je n’ai donc rien d’autre que ce qu’on m’a dit être vrai : Je m’appelle Zan. J’ai commandé un jour une grande armée.  »

Gromovar aussi a bien aimé…

 

Hell is coming

Hell is coming.

Le jour où je reçois la traduction du tome 2, toujours par Patrice Louinet, j’aperçois dans les couloirs d’Albin Michel (si calmes à huit heures du matin) un carton de jeu d’épreuves non corrigées du tome 1 (en librairie le 26 septembre). 540 pages de magie et de batailles (aucun mensonge sur la marchandise 😉